Le 19 mai dernier, sur le plateau de RTL, la ministre Valérie Glatigny a une nouvelle fois menti. Les téléspectateurs ont eu droit à un florilège de slogans et de contre-vérités :
« La situation budgétaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles ne s’est pas améliorée », « un prof sur cinq est payé par la dette », « si on ne veut plus payer des centaines de millions d’intérêts aux banques, nous devons faire des économies », « il y a eu trois tours de négociations », etc.
DÉCRYPTAGE
Les négociations menées par le Gouvernement MR-Engagés ont consisté en la présentation unilatérale de mesures d’austérité budgétaires sans précédent. Les organisations syndicales – et pas seulement : parents, fédérations de PO ont fait de même – ont à plusieurs reprises mis sur la table des pistes alternatives. Aucune d’entre-elles n’a sérieusement été examinée.
La situation budgétaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles relève avant tout d’un manque structurel de recettes et non de dépenses. Cet état de fait résulte de choix politiques et non d’une loi naturelle. Le collectif syndical Éconosphères présentait en novembre dernier un contre-rapport sur l’état budgétaire de la FWB et soulignait que les dépenses publiques de la Fédération ont progressé moins vite que la richesse produite ces dernières années. Les recette, elles, ont suivi une trajectoire plus faible encore, creusant mécaniquement le déficit. Ceci posé, il faut également interroger les mécanismes de transferts entre les entités fédérées. Ce que les experts mandatés par le Gouvernement ont également fait.
Agir sur les dépenses, sans revoir fondamentalement les politiques qui coûtent injustement ne suffira pas. Il ne faut pas être devin pour comprendre que les mesures d’économie prévues par l’accord de majorité, tant aux régions qu’en Fédération, ne suffiront pas (Adrien Dolimont dans les colonnes de l’Écho le 16/05/2026). La Région wallonne, entrainée vers le fond par la spirale austéritaire prévoit de nouveaux plans d’économies. Bref, tout le monde peut se demander, à qui le tour ?
Demain, en Fédération, tant que l’on continuera à mener une politique scolaire qui favorise la relégation, les inégalités et le redoublement, on devra faire face à des dépenses de plusieurs centaines de millions par an. Les experts du Gouvernement le disaient : il faut poursuivre les réformes structurelles mises en œuvre, notamment la mise en place du tronc commun, pour réduire les dépenses inutiles. Que fait la ministre Glatigny ? Elle saborde le tronc commun après la 6ème primaire, elle augmente les seuils de réussite de manière artificielle et elle renforce le tri au sein du système scolaire avec son « test-clé » et le renforcement du CEB. Bref, elle va creuser la dette laissée par l’échec scolaire.
Pour le SETCa-SEL, il n’est pas acceptable de faire payer aux élèves de l’encadrement différencié ou aux étudiants du supérieur la facture de politiques qui coûtent cher ailleurs. Pour l’exonération des droits de succession, pour la diminution des droits d’enregistrement, pour les cadeaux aux entreprises, pour la Défense, il y a des centaines de millions. Pour la jeunesse et l’éducation, suppression des repas gratuits et augmentation du minerval. Inacceptable !
Il n’y aura pas de perte d’emplois. Madame la Ministre vous mentez !
« Un prof sur cinq est payé par la dette ». Nous venons de le voir, un échec sur cinq aussi ! Et tant que l’on y est, un·e ministre sur cinq aussi !
En réalité, cette ritournelle consiste à préparer la suite. Les 700 emplois perdus dans le qualifiant, les 1300 emplois perdus avec l’augmentation de la charge dans le secondaire supérieur, ne sont qu’un début. La ministre prétend que le gel des réaffectations en 26-27 préservera l’emploi. Rien n’est moins faux. D’abord, parce que cette mesure ne s’appliquera qu’après les opérations d’attribution d’emploi en début d’année scolaire. Ensuite, parce que la mesure du gel des réaffectation après les vacances d’automne 2026, comme son nom l’indique, ne fait que postposer l’effet des mesures de réorganisation de l’emploi. Bon nombre d’emploi de temporaires seront bien perdus à la rentrée 26-27. Le dégel risque d’en surprendre plus d’un. Enfin, la pénurie n’est pas égale partout, les pertes d’emploi ne vont pas combler automatiquement les départs naturels… à part dans les tableurs Excel de la ministre.
Trois petits tours et puis s’en vont
La ministre évoque trois tours de concertation avec les syndicats et prétend que ces mesures « difficiles » ont été négociées. Rien n’est moins faux. S’asseoir à une table, présenter des mesures unilatérales sur un Powerpoint et conclure la séance d’information par un « nous n’avons pas le choix », ce n’est pas de la négociation. Nous avons à de plusieurs reprises évoqué des alternatives aux décisions de la majorité. Celles-ci n’ont même pas été étudiées !
En ce qui concerne l’augmentation de la charge de travail dans l’enseignement secondaire supérieur, nous avons d’abord souligné que la mesure ne consistait absolument pas à mettre à égalité les enseignants du supérieur et de l’inférieur. Ou bien, il fallait également revoir la taille des classes, la charge de travail due à la spécificité du niveau d’enseignement, la fragmentation des horaires des profs, etc. A ce titre, la Déclaration de politique communautaire MR-Engagés évoquait d’autres pistes, moins brutales, comme l’ajustement, des différences de charge de travail entre les enseignants de disciplines différentes selon l’importance du temps qu’ils doivent consacrer à la préparation de leurs cours, au suivi des étudiants et à des activités de correction. La ministre Glatigny, elle-même, a évoqué un temps la possibilité de revenir au système des heures de plage. Cette piste consistant à augmenter de manière ponctuelle et ciblée le numérateur de charge et non l’ensemble de la charge. Ces pistes ne satisfont pas les organisations syndicales, néanmoins, elles présentent l’avantage d’être moins brutales et moins lourdes de conséquence.
Avancer à l’aveugle.
Aujourd’hui les écoles préparent déjà la rentrée. Depuis janvier les familles inscrivent leurs enfants en première secondaire. Dans les unes comme dans les autres, on ne sait pas de quoi demain sera fait. Le texte qui doit organiser la mise en pièce du tronc commun en première secondaire, n’est pas encore passé au Parlement. Nous avons demandé à la Ministre de freiner son train fou et de laisser s’organiser la première secondaire telle qu’elle est écrite aujourd’hui dans le Code. Refus !
Face aux mensonges, la vérité doit reprendre ses droits.
Dans les jours qui viennent les parlementaires de la Fédération auront le choix entre le déshonneur de voter un texte qui sacrifie l’école et la jeunesse. Ou le courage de protéger l’École.
Le SETCa-SEL a choisi son camp ! Et on ne lâchera rien !
